GEORGE MICHAEL - LE PROJET WHAM! 10 DAYS IN CHINA. SUITE - 3eme PARTIE !!
Suite de l'interview - 3eme Partie.
- SDE - C'est l'un des autres problèmes auxquels vous avez été confrontés. Un peu comme lorsqu'Apple a réalisé l'anthologie des Beatles après la disparition de John Lennon. Le point de vue d'une personne sur un évènement cinq ans après les faits peut différer de celui qu'elle a quarante plus tard. Andrew a son point de vue actuel, George a celui qu'il avait à l'époque où les évènements ont été enregistrés. Il n'est plus parmi nous, ce qui a dû représenter un défi.
- MC - " Nous n'étions jamais sûrs de trouver beaucoup d'archives (de commentaires sur la Chine). Certains enregistrements datent d'un an environ, mais je pense qu'il y avait beaucoup de politesse. Nous avons toutefois réussi à trouver suffisamment d'extraits où George en parle pour le faire apparaître. Nous avons trouvé d'autres interviews dans des endroits insolites. Certaines proviennent d'émissions télévisées et l'une d'entre elles est une interview de la Bibliothéque du Congrès américain. Vous pouvez télécharger l'intégralité de l'interview. C'était la même chose avec Lindsay...le même problème, retrouver sa voix. Ce qui m'a vraiment contrarié, c'est l'absence flagrante de Jazz Summers (co-manager de Wham!), (décédé en 2015), ce que je trouve vraiment dommage. Nous avons essayé d'y remédier, mais finalement, nous n'avons trouvé aucune interview exploitable. Il y avait des interviews qu'il avait données pour son livre, mais elle étaient inutilisables pour diverses raisons. "
- SDE - Dans votre documentaire, Simon Napier-Bell se montre étonnamment sûr de lui et confiant quant aux objectifs du voyage. Il ne s'attarde guère sur les détails et, par exemple, ne suggère pas : " On aurait peut-être dû faire plus d'efforts pour ceci, cela ou autre chose ". Il affirme simplement : " Tout ça, c'était pour la publicité. On a réussi brillamment. Point final."
- MC - " J'aime beaucoup Simon. Je le trouve incroyable. Mais voilà, et cela rejoint ma méfiance envers la mémoire, parfois les gens ne se souviennent pas de ce qui s'est passé, ils se souviennent de la dernière fois qu'ils ont raconté l'histoire. Et je pense que Simon s'était tellement habitué à raconter " sa version" des faits que nous avons dû le remettre en question. Il y a des personnes interviewées que nous n'avons pas pu utiliser dans le film car leurs témoignages n'étaient pas fiables. Leur version ne collait avec celle d'autre personne. Mais c'était très intéressant, car nous avons filmé son interview sur deux jours, c'était la deuxième plus longue après celle d'Andrew, et le lendemain matin, il est revenu nous dire qu'il avait relu ses notes, vérifié ceci, vérifié cela, et qu'il avait repréré les points où sa version anecdotique s'était légèrement éloignée de la réalité, et il les avait corrigée. Pour répondre à votre question, il peut paraître très pragmatique, et je pense que c'est sa nature, mais je dirais que l'entretien était en réalité beaucoup plus réfléchi. Nous n'avons pas toujours trouvé le temps d'intégrer certains passages, mais c'est un personnage intéressant. "
- SDE - L'une des scènes marquantes de votre film est la conférence de presse. Elle n'apparaît dans aucun autre film. Cette séquence résume parfaitement la relation tendue du groupe avec la presse, et plus particulièrement avec Andrew, qu'il semble détester profondément. Le film nous rappelle aussi le pouvoir de la presse à l'époque : la presse écrite, les tabloïds. Le nombre de journalistes qui les suivaient était incroyable, mais c'était le prix à payer, n'est-ce pas ?
- MC - " Le pacte faustien, oui, exactement. Je ne sais pas s'ils s'attendaient à autant de journalistes après le round. "
- SDE - Les rushes que vous avez trouvés, étaient-ils " perdus", comme on le dit toujours lorsqu'on retrouve retrouve des bandes, ou étaient-ils simplement stockés quelque part et personne n'avait pris la peine de les regarder ?
- MC - " Elles n'étaint pas perdues, elles étaient entreposées, mais on se retrouvait un peu dans l'entrepôt des " Aventuriers de l'Arche perdue " avec cette question lancinante : " Qu'est-ce qu'on va trouver ? ". Personne n'avait ouvert les bobines, et on ignorait vraiment ce qu'on allait découvrir. La plus grande difficulté, c'était le fait qu'il s'agissait de pellicule. Tout ce qui avait servi pour les deux films précédents avait été découpé de ces bobines, et le son était séparé. Du coup, on se retrouve avec un processus de travail absurde, une heure par minute de rushes, à recoller des morceaux de pellicule, à réparer les problèmes physiques, à numériser le tout, puis à mixer le son et à synchroniser le tout manuellement. Un processus extraordinaire. "
/image%2F0938133%2F20260907%2Fob_8f4b11_capture-d-ecran-2026-09-07-173838.jpg)
- SDE - Pensez-vous qu'ils sortiront un jour le concert dans son intégralité ?
- MC - " Le problème c'est que les caméras n'étaient pas dirigées, elles filmaient, tout simplement. C'est problématique, car parfois il y a six caméras et elles sont toutes sur des plans différents. Et parfois, il n'y en a que trois qui tournent parce que les autres changent de cadrage, elles sont toutes cadrées sur le même plan, mais sous un angle légèrement différent. Il y a même des chansons où il n'y a qu'une seule caméra !. Bref, vous voyez, il y a un problème..."
- SDE - Ils pourraient s'occuper de l'audio, par contre. Ce serait vraiment bien. J'ai remarqué que Chris Porter a tout enregistré.
- MC - " Oui Chris Porter a remixé ces morceaux. Nous sommes partis des multipistes 24 pistes, donc l'audio a été correctement restauré et il existe des mixages 5.1. "
- SDE - J'imagine qu'ils ont fait le nécessaire pour votre film . Il n'a pas tout fait lui-même ?
- MC - " Sans commentaire (rires) "
- SDE - Avez-vous l'impression que c'est votre film maintenant ? Vous êtes arrivé au terme du processus, vous y avez imprimé votre personnalité de cinéaste. C'est vraiment votre film maintenant, n'est-ce pas ?
- MC - " Je reviens à un mot clé : le point de vue. En fin de compte, quel est le point de vue du public ? Je pense que, pour le public, seul 10 Days in China raconte et montre ce qui s'est passé. Je crois que le grand public ne parviendrait pas à apprécier les deux autres films, même si les fans les apprécieraient. Chaque film a sa place, mais je pense que les meilleurs films sont comme des machines à remonter le temps, ils nous transportent dans un lieu et une époque, et nous font ressentir ce qui s'y est passé. Si tel était l'objectif, je pense que ce film l'a atteint. On ne le saura vraiment qu'après la projection, mais les quelques spectateurs qui l'ont vu jusqu' à présent le trouvent absolument fascinant à ces différents niveaux. "
- SDE - A qui s'adresse ce film ? Avez-vous subi des pressions ou des directives pour qu'il plaise à un public plus jeune ? Ou pensez-vous que le public est principalement composé de personnes d'un certain âge qui ont apprécie cette époque ?
- MC - " Je pense qu'il y a plus d'une question. La première est : " Pour quel public avons-nous réalisé ce film ? ". La seconde est : " Quel public le film trouvera-t-il ? " Nous pensions que le public pour lequel nous l'avons réalisé était, bien sûr, les fans de Wham!, mais aussi les cinéphiles. Cependant, l'une des difficultés réside dans le peu de présence de Lindsay Anderson à l'écran, en raison de son absence, que je qualifierais de négligence professionnelle. Donc, il y a les fans de Wham!, les cinéphiles dans une certaine mesure, car c'est un document intéressant, mais aussi, je pense, un document historique et culturel. Les passages sur la Chine captivent vraiment le public. Et au final, même qui ne connaissent ni George Michael ni Wham! reconnaîtront é Careless Whisper ", ou " Wake Me Up Before You Go-Go ". Je pense donc qu'il y a plusieurs publics. Il est également important de souligner ce qu'a dit Andrew : ce sont les seules images d'archives de Wham! Dans une loge, balances son, improvisation. C'est incroyable. "
- SDE - Parlons un peu de la scène finale, une scène un peu gênante où George ignore Lindsay en coulisses après le dernier concert. J'imagine que vous l'avez incluse pour faire passer un message ?
- MC - " Oui, parce que cette scène finale, si on la regarde attentivement, révèle tout. On voit le producteur Martin Lewis à l'arrière-plan. Lindsay au premier plan, il y a ce moment où Simon Napier-Bell entre, fait un de ses haussements de sourcils habituels et s'en va, et George qui ignore Lindsay. Au départ, on avait ce plan non monté et il était trop long. Il y avait encore 20 secondes où Lindsay posait la main sur l'épaule de George et où George l'ignorait tout simplement. Cela en dit long. "
- SDE - Après avoir parlé à Andrew et consulté toutes les interviews d'archives de George Michael, pensez-vous qu'il y ait une différence dans leurs opinions concernant ce voyage ou sont-elles très proches ?
- MC - " Je pense que tout le monde est assez cohérent, en fait. En tant que documentariste, je suis très méfiant vis-à-vis des biopics, car je ne me fie pas aux témoignages et à la mémoire, je pense que nous sommes tous de piètres témoins. J'ai réalisé un film sur les studios Hansa, et ce qui était vraiment rassurant, c'était que des personnes qui ne s'étaient pas vues depuis des décennies racontaient la même histoire. Et l'un des points forts de ce film sur Wham!, notamment lors du tournage de la scène difficile concernant Raul d'Oliveria, (le trompettiste portugais du groupe, qui s'est poignardé à l'estomac, dans un avion pendant le voyage) c'est que même si ces personnes ne s'étaient pas parlé depuis des années, elles se souvenaient toutes de détails précis, comme la vitesse de descente de l'avion. Il est donc possible de monter toutes les interviews et de conserver une certaine continuité, car leurs souvenirs sont assez similaires. J'ai constaté que cela se produit à un certain moment de la vie. En général, les gens ont un souvenir très clair de leurs vingt ans. Lorsque je parlais à Martin Gore pour le film Hansa, il se souvenait très bien de cette période, et je pense que c'est en grande partie parce qu'il avait 23, 24 ou 25 ans, c'est une période vraiment formatrice. Ce qui est intéressant, c'est que nous pensions que George était plus négatif concernant le voyage (qu'il ne l'était pas en réalité). Au départ, nous avions l'impression qu'il était un peu pessimiste quand aux images, au voyage, au film, à toute expérience, mais nous n'avons rien trouvé qui le confirme. Il dit au début que c'était " très difficile", mais nous avons trouvé très peu d'éléments qui laissaient penser qu'il en avait une vision très négative. Comme il n'est plus parmi nous, on ne retrouve pas ce qu'on voit avec Andrew à la fin, son acceptation de la situation et son regard plus positif sur l'expérience, ce qui est dommage."
- SDE - C'est bien de voir Lindsay dans le film, car lors de la projection de sa version au BFI, ils en ont fait la promotion avec une photo prise, je crois, à la résidence de l'ambassadeur, dans le jardin. C'est la seule fois où j'ai vu une photo d'eux ensemble, alors c'est agréable de le voir dans votre film.
- MC - " Comme je l'ai dit, il ne s'agit en aucun cas de minimiser l'oeuvre considérable de cet homme, qui est, de toute évidence, extraordinaire. Mais au final, je pense que si vous pouviez lui parler aujourd'hui, il dirait probablement regretter d'avoir participé à ce projet. "
/image%2F0938133%2F20260908%2Fob_6140e2_capture-d-ecran-2026-09-08-173822.png)
Cette interview est terminée, Merci à Mike Christie, qui s'est entretenu avec Paul Sinclair pour SDE " Wham! 10 Days In China ", qui est sorti au cinéma le 28 juillet 2026.
C'était la 3eme et dernière partie.... Bonne lecture à tous
/image%2F0938133%2F20260907%2Fob_00a65f_images-33.jpg)